« Changer l’immobilier, de l’Utopie à la Réalité » : 3 questions à Rémi Ehrhart

Il faut réinventer l’immobilier. Ce constat qui a nourri la raison d’être d’Aken Ecosystèmes est aussi au cœur du livre « Changer l’immobilier, de l’utopie à la réalité », le livre cosigné par Claire Flurin Bellec et Fanny Costes (Éditions de l'Aube). Et pour le réinventer et mettre les utopies en pratique, l’hybridation et la recherche de sérendipité sont clés. C’est la conviction de Rémi Ehrhart, cofondateur d’Aken Ecosystèmes. Entretien par Fanny Costes.
Couverture du livre Changer l'Immobilier: de l'Utopie à la Réalité par Fanny Costes et Claire Flurin Bellec

Dans leur ouvrage, Claire Flurin Bellec et Fanny Costes écrivent : « tous les imaginaires que nous avons convoqués s’affranchissent des grandes typologies immobilières existantes (bureau, logement, commerce) pour donner naissance à des hybrides, plus modulables, plus vivants, plus accessibles ».

En quoi cette réflexion fait-elle écho à la raison d’être d’Aken Ecosystèmes ?

Notre ambition se concrétise à travers des projets d’espaces urbains multi-usages, conçus comme des carrefours de rencontre et d’enrichissement mutuel. Des lieux innovants destinés à accueillir et à faire interagir étudiants, professionnels, entreprises, associations et citoyens dans un environnement propice à l’échange et au partage de connaissances.
Un cap formulé par notre raison d’être : « Promouvoir l’hybridation pour créer des croisements entre les savoirs, les métiers, les personnes et les générations afin de répondre aux défis inédits auxquels nous sommes confrontés ».

Dans les pages du livre, l’architecte Jacques Ferrier témoigne de son désir de reconquérir la confiance des habitants dans la ville en faisant réémerger l’idée de cité. L’hybridation et la création d’écosystèmes peut-elle contribuer à cela ?

Oui, je le crois, puisqu’à mes yeux « faire cité » c’est mettre à l’honneur son corps social et les interactions qui peuvent s’y nouer. Redonner vie à l’idée de cité peut se faire à plusieurs échelles : celle de l’immeuble, celle du quartier, celle de la commune ou celle de la métropole. 

Nous, nous essayons de faire cela au niveau du quartier. 

Nous croyons à l’importance de tiers-lieux pensés comme des places de village où l’on se croise, où l’on peut juste passer, mais où souvent tout s’anime et fait se rencontrer. 

Quelle recette pour créer les conditions de l’hybridation et in fine de la sérendipité ?

Deux ingrédients me semblent nécessaires. Le premier a trait aux espaces, au fait d’augmenter leur intensité d’usage, au fait de créer des centralités entre les lieux, des espaces interstitiels, de rassemblement. Le second tient à la dimension exploitation et animation. 

Dans nombre d’écosystèmes existants et éprouvés à travers le monde, dans nombre de tiers-lieux vivants et même dans certains espaces de coworking, les exploitants impulsent une volonté déterminante et déterminée pour faire vivre le projet d’animation. Et ce qui fait leur succès se résume en un mot : l’ambiance. 

Notre sujet aujourd’hui c’est de créer cela mais à plus grande échelle. C’est pour cette raison que nous avons décidé d’exploiter aussi le volet hébergement. C’est aussi pour cela que nous investissons dans chacun de nos projets, pour avoir notre mot à dire dans tout et être les garants de la réalisation de ce supra-projet d’animation qui a vocation à créer l’attractivité du lieu. C’est notre défi.

Image issue du livre Changer L'immobilier : de l'utopie à la réalité
Crédits : Mara Bourguignon-Collin, Claire Flurin Bellec

Avez-vous un projet qui illustre la mission d’Aken Ecosystèmes ?

Celui que nous conduisons à Orléans est emblématique en effet. Là-bas, l’aménageur de la métropole cherche à développer un quartier sur une partie du territoire devenue friche industrielle. Très à l’écoute de notre vision, il nous a donc confié la réhabilitation d’un bâtiment industriel de 185 mètres de long sur 64 mètres de large. Un format gigantesque dans lequel nous avons imaginé, avec Nadau Architecture, un projet qui coche, selon moi, toutes les cases.
Étant données la hauteur et les dimensions du bâti, il a fallu innover. Au centre, la toiture sera ainsi découpée pour créer une sorte de cloître. Sauf qu’au lieu de designer un patio minéral, on y plantera une forêt sur près de 3000 m². Il ne s’agit pas juste de planter des arbres sur un mode linéaire. C’est une nature qui reprend ses droits et donne un équilibre, une vitalité au bâti.
Autour, le bâtiment va intégrer plusieurs fonctions d’école, de bureaux et de tiers-lieu. Ce dernier est pensé comme la place du village, une centralité dans laquelle on retrouvera de la restauration, des associations mais aussi des espaces mutualisés. Deux amphithéâtres modulables notamment qui ne seront ni dans l’espace école, ni dans l’espace bureaux, pour créer les conditions de rencontre et d’échange. Ce tiers-lieu nous l’animerons nous-mêmes.
Au-delà, nous sommes aussi en charge de construire un volet logement dans la zone. Un volet que nous intégrons dans notre vision en imaginant des usages de la friche réaménagée qui fassent se déplacer les habitants vers cette centralité.
Bref, ce projet est une incarnation de notre raison d’être et notre engagement à promouvoir la naissance d’hybridations nouvelles, génératrices d’impacts positifs et durables.

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